Jacob Verf

50 ans aprés le séisme, des vétérans Néerlandais retournent à Agadir

Lors du tremblement de terre d’Agadir en 1960, 600 soldats Néerlandais se sont précipités pour aider les habitants de la ville détruite. 50 ans plus tard, 130 vétérans retournent à la ville pour une commémoration officielle. Le vétéran Jacob Verf, 67 ans, est l’un des vétérans qui vont se déplacer.
“J’étais l’un des soldats à bord du navire De Ruyter. Nous venions juste de finir quelques exercices aux larges de la Méditerranée. Nous étions prés de Gibraltar lorsque nous avons entendu par la radio qu’un séisme terrible a eu lieu à Agadir. Le Commandeur nous ordonna de tourner à gauche et aller au secours des habitants.
A deux kilomètres de la côte de la ville, nous pouvions sentir l’odeur des cadavres. Il y avait des navires Français. Plus loin, des soldats Américains étaient dans une caserne. On m’a demandé d’aller avec un habitant à la Kasbah pour aider les victimes. Je me rappelle qu’il faisait chaud. Les habitants étaient complètement en choc. Au bord de la route, une infinité de cadavres par terre ou sur matelas.
A gauche de la ville se trouvait le quartier touristique. C’était là où les Français sont allés pour aider. Nous sommes allés à droite vers la Kasbah. C’était le quartier le plus peuplé et le plus ancien mais aussi le moins solidement bâti. Il était entièrement détruit. Au sommet du mont, il y avait un comptoir Néerlandais de commerce qui date du 17eme siècle. Il a complètement disparu.
Nous nous sommes mis au travail dans un bâtiment abimé. Nous avons réussi à déplacer un bout de plafond. Au dessous gisait le corps d’un petit enfant. Il était complètement aplati. Nous étions tous choqué. L’odeur des cadavres en état de décomposition, était insupportable. J’ai quitté le lieu pour une bouffée d’air. Le médecin de la marine m’a accueilli.
Chaque jour, nous allions au lieu du séisme pour aider. En fait, je n’ai pu aider personne. Toutes les victimes que nous avons libérées des débris, étaient déjà mortes. J’ai vu des choses horribles dont je vous épargne les détails. A l’âge de 17 ans, ça vous fait vieillir très vite. Jusqu’à présent, personne de mes camarades n’a réussi à oublier. Les enfants qui ont survécu le séisme, ont été plus tard adoptés par des familles belges.
Sur le boulevard qui menait vers le port, on pouvait voir des crevasses profondes dans la terre. Des bloques de céments qui protégeaient la jetée du port, étaient dispersés comme des allumettes. C’était terrible. Chaque jour, les cadavres récupérés, s’entassaient au bord de la route. La respiration devenait difficile à cause l’odeur. Pour nous protéger, nous lavions chaque soir nos vêtements et nous les désinfections.
Au dernier jour, on a finalement décidé que les Américains allaient désinfecter toute la ville par avion. On avait peur des maladies. Le même jour, nous avons quitté le port lorsque vers 21.00 heures, un bruit énorme venant de la mer, éclata. C’était l’une des dernières secousses du séisme. Notre navire fût violemment secoué. Plus loin, sur la côte, quelques bateaux ont coulé à l’endroit où nous étions quelques heures auparavant. On ordonna immédiatement de fermer tous les accès à la ville.
Il y a dix ans, nous avons organisé une réunion pour les vétérans qui ont participé au secours d’Agadir. Nous étions 400 personnes à y assister. Nous avons développé l’idée de visiter la ville en 2010, cinquante ans après le séisme.
Ainsi, je me suis mis depuis lors à organiser le voyage. 130 vétérans partent finalement le 24 février pour commémorer les morts et voir comment la ville s’est développée depuis le séisme. Certains de ces soldats ont aujourd’hui 80 ans. D’autres sont toujours sous traitement à cause des traumatismes. Ils n’ont jamais pu oublier ce qui s’est passé.
Nous restons jusqu’au premier mars. Vendredi et samedi sont réservés pour les cérémonies officielles. Ensemble avec les représentants de la ville, nous allons poser des fleurs devant l’Hôtel de Ville. L’ambassadeur de notre pays nous offre une journée culturelle et un dîner. Le programme n’est pas encore connu. Mais je pense que ce serai inoubliable.
Je devais souvent penser à Agadir ces derniers jours en voyant les images de Haiti. C’est terrible. La communauté internationale a heureusement réagi vite. Les moyens de secours, la communication et les transports, se sont améliorés. Il y a cinquante ans, nous devions faire tout par la main. Il n’y avait pas de bulldozers. Agadir était complètement isolé de l’est par la montagne et de l’ouest pat l’océan. Au sud, il n’y avait rien. Les gens étaient pauvres pour venir au secours. Il nous a fallu trois jours pour y arriver par voie maritime.
Lors de ma dernière visite il y’a trois mois, je pouvais encore voir quelques traces du séisme. Sur le lieu où était la Kasbah, je pouvais distinguer le sentiers du vieux quartier. Derrière, la vallée avec un grand cimetière où reposent les victimes. Des tombes à perte de vue. Impressionnant.“
Photos:
De soldats Néerlandais entrain au secours des habitants d’Agadir en 1960.

Photos vétérans:
Institut Néerlandais de l’Histoire Maritime, La Haye.

Institut Néerlandais de l’Image et du Son, Hilversum.

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